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13 mars 2020

Coronavirus : fermeture des écoles en France dès lundi 16 mars

En fin d’article le communiqué de presse du SNU48

A ne pas oublier à l’issue de cette crise sanitaire :

"Nous n’avons jamais envisagé la fermeture totale", de toutes les écoles de France. JM Blanquer France info jeudi 12 mars

"Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile au grand jour les faiblesses de nos démocraties.

Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe.

Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie."

Emmanuel Macron jeudi 12 mars 2020

Suite aux annonces du président de la République, nous vous proposons de premières informations concernant la fermeture de tous les établissements scolaires de France, à partir du lundi 16 mars et ce, jusqu’à nouvel ordre.

L’expérience vécue depuis 10 jours par nos collègues de l’Oise peut nous être utile, notamment en ce qui concerne les demandes de l’administration, nos droits, les obligations prétendues, etc.

Merci aux militants du SNUipp-FSU 60

CORONAVIRUS, ENT : DROITS ET OBLIGATIONS

Les demandes exprimées par l’administration en matière de ce que le ministre considère comme de la « continuité pédagogique » sont, dans certains cas, non réglementaires et donc soumises à l’accord de la directrice ou du directeur ainsi que des adjoint-es de l’école.

Enseignement à distance, Blogs & ENT, mails & contacts aux familles, données personnelles…

Le point sur les obligations de service des personnels au regard d’éventuelles demandes de l’administration départementale. Nous avons pu constater dans les départements comme l’Oise que, bien souvent, les demandes des IEN ne sont pas réglementaires et ne peuvent être initiées que sur la base du volontariat.

Le SNUipp-FSU de l’Oise, confronté plus tôt à ces problématiques, a rédigé une analyse pédagogique, professionnelle et règlementaire de ce "travail à distance".

Quelles obligations ?

  • Suis-je obligé-e d’appeler les parents ? Non
  • Suis-je obligé-e d’ouvrir un espace « ma classe virtuelle » sur le site du CNED ? Non
  • Suis-je obligé-e de constituer des listes (mails, téléphones de parents…) en dehors de tout cadre réglementaire et de la réglementation en vigueur en matière de respect des données à caractère personnel (RGPD,…) ? Non
  • Suis-obligé-e de communiquer aux familles des fichiers ou d’autre matériel de la classe ? Non
  • Suis-je obligé-e d’assurer une forme de continuité pédagogique ? Non
  • Suis-je obligé-e de répondre à toute heure du jour et de la nuit à mon IEN ? Non

Notre travail est, depuis des années, dégradé, rappelons-nous le suicide de notre collègue Christine Renon. Il n’est plus possible de compter uniquement sur la « conscience professionnelle » de directrices-directeurs et adjoint-es très largement investi-es pour pallier les manques de l’administration :

  • Où est la continuité pédagogique rabâchée par le ministre depuis une semaine quand un-e enseignant-e est absent-e une semaine sans être remplacé-e ?
  • Ou quand les Brigades ont vu leur remplacement arrêtés pour être envoyés en catastrophe sur une autre école ?
  • Où est l’administration quand des conflits avec des parents ou élu-es atteignent leur paroxysme sans répondre ? Les collègues aimeraient bien recevoir des SMS ou être appelé-es…
  • Où est l’administration quand toutes les écoles ne sont pas encore dotées de savon et de solutions hydroalcooliques en pleine épidémie ?
  • Où est l’administration quand, dans certaines écoles, il n’y a qu’un ordinateur (vétuste) pour plus d’une dizaine de collègues ?
  • Où est l’administration quand les collègues souhaitent une vraie formation ?
  • Où est l’administration quand les délégué-es des personnels réclament depuis plusieurs années une médecine du travail ?
  • Où est l’administration quand les délégué-es du personnel ne cessent de remonter les doléances des collègues qui sont souvent les mêmes (injonctions, manque de reconnaissance, …) ?

Les personnels de l’éducation nationale, et particulièrement du premier degré, n’ont pas tous reçu de formation sur la mise en place d’ENT ou de blogs de classe. Et quand bien même, les enseignant.es ne peuvent cautionner la généralisation de ce mode d’enseignement compte tenu de la fracture numérique (inégal accès des familles au numérique, inégal accompagnement des élèves seul face à un écran,...) et compte tenu de la facture écologique de cet outil nécessitant le fonctionnement 24h/24h de serveurs informatiques énergivores. Il n’y a pas d’obligation à mettre en place ces outils « en catastrophe » et « en se débrouillant tout seul ».

Les personnels de l’éducation nationale n’ont jamais reçu de dotation financière ou de matériel afin de s’équiper en informatique et en connexion internet. Il ne peut donc rien être imposé à distance aux personnels sur ces aspects.

Les personnels de l’éducation nationale ont eux aussi des enfants qui n’iront peut-être pas à l’école et donc doivent aussi s’en occuper et seront donc très occupés chez eux aussi.

Plus généralement, nous invitons les personnels à la prudence et à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage. Les inégalités sociales qui traversent l’école et notre pays sont importantes et n’excluent absolument pas l’usage du numérique :

Car du côté des élèves et de nos familles nous savons que l’accès au numérique n’est pas égal, loin de là. Vous le savez, toutes les familles de votre école ou de votre classe sont différentes du point du vu de leur origine social et donc de leur capital culturel. La réussite scolaire n’échappe pas à la règle tout comme l’accès au numérique…

Des inégalités sociales renforcées :

Comme tout travail scolaire réalisé à la maison, le dispositif en ligne renforce les inégalités scolaires fondées sur les inégalités de ressources économiques, éducatives et culturelles des familles.

Le dispositif se confronte à la problématique générale de la « fracture numérique » : le dispositif suppose un équipement informatique complet (PC + imprimante), une connexion haut débit pour les activités interactives et un espace de travail propice à la concentration de l’enfant, plusieurs heures dans la journée, ce qui n’est pas possible dans les logements les plus modestes.

Les procédures d’accès à la plateforme et d’utilisation des modules supposent une bonne maîtrise du français écrit et de ressources avec lesquelles seules les classes moyennes et supérieures sont conniventes. Aucune consigne n’est disponible sous forme orale ou dans d’autres langues pour les parents non francophones.

D’autres questions se posent :

  • Comment les familles qui ont plusieurs enfants scolarisés peuvent s’organiser ?
  • Comment faire quand l’ordinateur n’est pas dans une pièce isolée du son permettant la concentration ?
  • Pensons-nous sérieusement qu’il est possible d’apprendre, dès la maternelle, à distance et derrière un ordinateur ?

Un accompagnement pédagogique qui ne va pas de soi. Le déroulé des activités suppose la présence d’un tuteur, idéalement adulte auprès de l’élève qui réalise les activités. Cela pose la question de la disponibilité de l’adulte et de la mise en œuvre des dispositifs de compensation financière des jours consacrés à la garde des enfants. Si l’indemnisation est garantie pour les salarié-es, qu’en est-il pour les travailleurs et travailleuses précaires, intérimaires, rémunéré-es à la tâche, etc ?

De manière générale, la substitution du parent profane à l’expert pédagogique qu’est l’enseignant-e pose problème, en termes de reconnaissance de la professionnalité enseignante et de banalisation de l’idée selon laquelle n’importe qui pourrait enseigner.

C’est évidemment un leurre car le repérage de ce qui fait obstacle aux apprentissages, des erreurs types impliquant telle ou telle remédiation (notionnelle ou méthodologique), de l’équilibre entre étayage et dés-étayage relèvent bien de l’expertise pédagogique de l’enseignant-e. Les interactions entre des élèves qui éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages et des parents démunis du point de vue de l’intervention pédagogique ont toutes les chances d’occasionner malentendus, tensions et in fine dévalorisations de l’image de soi des enfants (en « échec ») et des adultes (incapables de proposer une aide).

ATTENTION ! Dans le département de l’Oise (fortement impacté par le coronavirus), certains IEN ont demandé aux collègues n’habitant pas dans les zones contaminées de se rendre à l’inspection pour travailler avec les conseillers pédagogiques. Avec quel ordre de mission ? Quelles indemnités de déplacement ? Nous rappelons aux collègues qu’on ne se déplace pas sans ordre de mission transmis avant le départ. Nous demandons aux collègues de communiquer avec l’administration par MAIL uniquement, afin de laisser une trace

Pour conclure

Où est la réflexion sur les rapports à l’écran et particulièrement des jeunes enfants quand les autorités sanitaires invitent les familles à la prudence sur l’utilisation du numérique pour les plus jeunes ?

De manière générale, la continuité pédagogique peut-elle être assurée hors la classe ? Rien n’est moins sûr, tant elle est dépendante des grandes disparités des réalités sociales et culturelles des familles et de leur rapport à la culture scolaire (suivant que les enfants ont, pour reprendre les concepts de Lahire, des « vies augmentées » ou « diminuées ») et privée de l’expertise professionnelle enseignante.

Plutôt que de faire la classe à la maison, ne serait-il pas plus profitable pour les enfants et leurs familles, dans un contexte sanitaire qui peut être anxiogène, de mettre entre parenthèses le temps de l’école et privilégier les activités éducatives (se promener, jouer, bricoler, cuisiner, etc).

Face à une situation exceptionnelle qui nécessiterait l’utilisation à grande échelle de l’enseignement à distance, Jean Michel Blanquer sur ce sujet comme sur d’autres devrait faire preuve de plus de mesure.

Si l’on peut parler de "continuité scolaire" il est abusif de parler de "continuité pédagogique". C’est un peu comme si on expliquait que des cahiers de vacances peuvent remplacer des enseignant-es.

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Communiqué de presse fermeture des ecoles

 

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